Découvrez HATSH B, l'offre de mécénat culturel pensée pour les entreprises chevron
Je suis artiste Chevron
Je m'inscris Chevron
01 86 26 00 15
Recherche
Favoris
Recherche
Recherche Recherche

HATSH MAGAZINE


NID D'INFORMATIONS SUR LE MONDE DE L'ART ET SES JEUNES ACTEURS

Accueil > HATSH Magazine > Des images et des mots
31
janvier

Des images et des mots

Par Amandine Joannès

De Duane Michals en passant par John Baldessari, Kiki Smith ou encore Sandra Vasquez, J’ai toujours été fascinée par ces artistes qui travaillent avec les mots et les images ,prise par le sentiment d’étrangeté et de beauté que ce mariage me procurait. Avant de commencer moi-même à faire fusionner le texte et l’image, je me rappelle m’être demandée ce qui pouvait faire qu’un artiste trouve un sens à les mêler l’un avec l’autre.

Après tout l’image et le mot cohabitent partout, ils sont un lieu commun du regard. Dans leur assemblage, il y a comme une idée de complétude. L’idée que les images devraient nécessairement induire le mot, être précisées par lui tandis que les mots, eux, ne seraient jamais vraiment entiers non plus s’ils n’étaient pas suppléés par l’image.

En réalité dans l’œuvre, l’image et le mot n’ont pas à être perçus comme co dépendants. A force de m’autoriser moi-même à les mêler, je comprenais qu’ils pouvaient coexister, dialoguer, se répondre sans pour autant s’illustrer. Et qu’au même titre que le langage de l’image, les mots possèdent leur propre matière autonome. Au delà de cela, encore, qu’il existe une dimension d’abstraction du langage.
Je voyais que l’on peut manier les mots dans l’œuvre comme des outils ou des matériaux indépendants, que l’on peut les envisager dans leur délicatesse, leur sonorité, leur violence, et dans ce qu’ils comportent d’ambiguïté en tant qu’outils du langage. En bref, être utilisés purement et uniquement pour ce qu’ils sont eux : des mots, qu’ils disent ou ne disent pas quelque chose.

Employer le mot implique de toucher au minutieux, à l’exactitude du choix car le mot est celui-là et non un autre. Il y a une notion du détail, une quête du rôle parfait qui me rappelle celle présente dans la structure de l’image dans la photographie ou dans le squelette du dessin et du trait.

Dans notre lieu commun l’image et le mot forment le couple de la fonction descriptive ou narrative. Tous deux, ils ont l’apparence des interprétations alors qu’ils renferment autre chose que ce qu’ils montrent. En réalité, en les associant ils se sauvent l’un l’autre. Leur symbiose les délimite, leur rend une indépendance réciproque. Puisqu’ils sont ensemble, ils ont finalement le droit d’exister chacun de leur coté, librement. Leur nature n’est plus induite par l’absence de l’un envers l’autre et ils peuvent choisir de dire, chacun, uniquement ce qu’ils veulent, sans avoir à combler l’autre, tout en s’associant. De la même manière qu’une toile indiquerait la mention « techniques mixtes ».

S’il est puissant dans l’œuvre, c’est peut-être parce que le couple mot/image partage aussi une mélancolie commune. Dans les deux cas, il y a cette même dimension destructive du passage, de l’éphémère. D’un côté, il y a l’évanouissement des mots qui disparaissent l’un après l’autre, qui vivent dans l’interdépendance des uns et des autres, qui, transposés dans une autre langue sont dépossédés de leur propre essence. De l’autre, il y a dans les images une immense fragilité intrinsèque : celle propre à la photographie qui renferme la mort de l’instant qu’on lui connait, le sacre de l’absence et du moment évanoui mais gravé, remémoré.

S’ils s’imbriquent et s’équilibrent, c’est aussi parce que le mot est la simplicité, là où l’image est l’emphase. Il y a une forme de modestie dans les mots, faits d’une forme de détachement pudique et de frontalité . Là où l’image, elle, est sauvage, insolente, où elle idéalise, esthétise, sacralise, incarne. Les mots sont puissants mais distants et discrets, à l’endroit où l’image est d’une omniprésence et d’une intimité fatale.

 

 

artiste Je suis artiste
Subscribe Je m'inscris